Jacques Attali : « Il est urgent de réparer le monde »

Turn page haletant que l’on ne lâche pas, votre dernier roman – Notre vie, disent-ils (Fayard, 2014) – nous projette dans l’avenir de quelques mois avec la menace d’une 3e guerre mondiale dont la Russie serait le centre. Nous y sommes déjà ? Les tensions actuelles sont très sérieuses et le monde peut effectivement basculer dans le chaos. Dans un contexte de crise économique mondiale qui n’en finit pas ; un chômage des jeunes au plus haut partout dans le monde ; une croissance qui ne revient ni en Europe, ni au Japon, ni dans bien des pays émergents j’imagine une suite d’évènements qui pourraient s’enchaîner : un attentat à Londres, des risques de conflit qui s’aggravent en territoire kurde, – riche de réserves considérables (gaz en Syrie, pétrole en Irak, réserves d’eau en Turquie) –, en mer de Chine pour la propriété d’îlots entre la Chine et le Japon. Deux zones de tension pour lesquelles la Russie pourrait intervenir ce qui par le jeu des alliances pourrait déclencher une troisième guerre mondiale. Les dirigeants du G20 n’arrive même pas à rédiger un communiqué commun et de peur d’un effondrement des cours, leurs banques décident de relâcher toutes les contraintes, comme en 2008. Dans le New York Times, le professeur Krugman plaide pour l’isolationnisme et explique que les USA pourraient une nouvelle fois entrer en guerre pour sortir d’une crise économique.  Tout cela est possible mais pas certain bien que dès lors que s’enchaînent simultanément un cycle de Juglar, un cycle de Kondratieff et un cycle de Kuznets* – ce qui est le cas aujourd‘hui – la probabilité d’une guerre mondiale devient maximale. Ceci dit, c’est un roman : cela permet d’ouvrir toutes les portes que l’on veut et sortir les évènements de leur inscription dans le temps réel. L’homme est libre et il a la capacité d’infléchir son avenir en sachant que le temps est son allié. Mais pour cela il doit comprendre son passé. C’est le sens de ce roman.

Votre héros a un don de voyance. Un peu comme vous ? Vos prédictions parues dans nos colonnes en 2009 se sont révélées parfaitement exactes. Avez-vous un don de voyances comme votre personnage ? Il est vrai que j’arrive fréquemment à anticiper l’avenir et parfois d’une manière très précise. Mais en fait cela n’est pas difficile. Il faut simplement énormément de curiosité, de l’intuition et amasser beaucoup de connaissances : cela permet  d’établir des liens entre les choses, les événements et donc de prédire l’avenir. Mon héros voit la guerre arrivée et tente d’agir pour l’éviter mais il doit forcément lutter contre les criminels qui la souhaitent. D’où le titre de mon roman. « Ils » ce sont ceux qui pensent que de toute façon leur vie est plus intéressante que celles des autres qu’ils sont donc à sacrifier. Mais il a liberté de ne laisser personne d’autre que lui écrire son histoire et celle du monde qu’il pense devoir réparer. Il y arrivera finalement en comprenant son passé.

 

Que signifie « réparer le monde » ? Est-ce d’ordre économique ?

Oui, bien sûr ! L’argent est le sang de notre monde. Il est aujourd’hui urgent d’accélérer la transition du libéralisme vers une socialisation de l’essentiel des fonctions monétaires pour aboutir à une gouvernance mondiale. La finance-casino peut cesser avec une information économique et financière équitablement répartie, un meilleur contrôle des risques et d’accès au crédit et une séparation entre activités de marchés et activités. Cela implique une nouvelle répartition des richesses et des Etats de droit forts.

Est-ce bien réaliste de croire à ce qui revient à une réversibilité du système économique vers plus d’équité et de justice ? Vous qui me dites que je rêve, vous rêvez peut être votre rêve… Diderot a rappelé en son temps que le réel ne se réduit pas à ce qui a déjà été écrit de lui. Il est ce qu’il en reste à écrire, à imaginer, à vivre et à aimer. C’est ce que je crois. Tout est possible : c’est là le paradoxe de la relativité du temps et de la physique quantique. Hier nombreux pensaient impossible de voler dans les airs. Aujourd’hui, les visions d’auteurs de science-fiction comme Isaac Asimov (Fondation), Dan Simmons (Ypérion), Van Vogt (Le monde du non-a), Philip Kindred Dick ou encore Frank Herbert (Dune). Sont aux yeux de beaucoup le reflet de rêves et non de réalités à venir !

 Votre roman débute en Afrique et se dénoue en Inde pour s’achever à Jérusalem. Une équation à résoudre? Le berceau de l’humanité se trouve en Afrique et elle est aujourd’hui notre avenir. Avec deux milliards d’habitants au cours du XXIe siècle, l’Afrique va doubler sa population, ce qui est considérable et aussi une chance pour la France car une grande partie de ce continent est francophone. Le temps de l’Afrique est venu ! Dans mon roman, une nouvelle science « l’ethno-mathématique » permet de remettre à jour des sciences des temps premiers comme la maîtrise des fractales  qui ne sont apparues en mathématiques (la langue de l’univers car elles sont hors du temps, sans passé, présent ni avenir) il y a seulement une quarantaine d’années**. En démontrant que cette structure mathématique se retrouve aussi bien dans l’organisation spatiale de l’habitat de certains villages du Cameroun que dans la nature. Voilà concrètement ce que eut apporter la compréhension profonde du passé pour améliorer notre avenir. Encore faut-il être curieux et à l’écoute comme le sont plus facilement les femmes que dans le rapport de force des hommes ainsi souvent aveuglés. Il y a réellement beaucoup à apprendre dans le passé comme le montre déjà par exemple la compréhension de la médecine traditionnelle chinoise. L’Inde est le pays par excellence des religions,  des pratiques mystiques aux savoirs anciens. Dans mon roman le héros y découvre le paradoxe du rêve et l’opposition des deux voies qui soutiennent l’action : l’une demande du temps, l’autre pas. « Quant à Jérusalem, elle est, en autre, le symbole d’un peuple qui a justement rappelé à l’humanité que sa mission est de réparer le monde. ». Ce qui sera un autre monde dans un autre temps. Il est à découvrir dans tout le rien qui nous entoure pour paraphraser Diderot***.

Au fond, vous invitez chacun de nous à accepter d’être à la fois Prométhée et Epyméthée ? A méditer. (Rires)

* Théorie des cycles économiques. ** par Benoît Mandelbrot. *** Lettre terminée dans le noir par Denis Diderot à Sophie Volland le 10 juillet 1759 par ses mots : « …j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime. ».  A lire : Diderot ou le bonheur de pensée (Fayard, 2012).

Bio express

Né le 1er novembre 1943 à Alger, Jacques Attali, « homme libre », a été conseiller d’État, professeur d’économie, conseiller spécial de François Mitterrand puis fondateur et premier président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), il a présidé la Commission pour la libération de la croissance française et dirige actuellement PlaNet Finance et Attali & Associés. Il a publié plus de 65 essais, biographies et romans et rédigés de nombreux rapports dont Pour une économie positive (Fayard/La Documentation française, 2013). Depuis peu, il se produit sur scène comme chef d’orchestre.

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29 juin : super soirée ZPND au Chaudron (Mée/Seine)

Comme à son habitude, le collectif d’artistes Ze prod next door (ZPND) a donné une soirée mémorable, le 29 juin à la Mjc Le chaudron (Mée-sur-seine), sous le signe du plaisir partagé, de l’amitié et de l’humour  avec les groupes rock alternatif RedAnts (finaliste Emergenza 2013), Serious joke, DPXfan, la fabuleuse effeuilleuse Ophélia,  les danseurs de XXXX et les envoûtantes percus de VVV  ! Prochaine date ZPND, à Paris à la rentrée.

 

 

 

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Düsseldorf’s satori (by Thalis)

Dans cette ville tournée vers l’art, le temps s’écoule lentement mais intensément dans l’instant zen du satori. La lente rotation du restaurant panoramique de la Sturmtower qui semble être l’axe d’une horloge cosmique, revisitée par Dali avec, à ses pieds, les méandres du Rhin comme bords de son cadran. Mais avant cette excursion quasi mythique qui vous fera découvrir le port, l’hôtel Nikko nous attend en plein cœur du quartier japonais. Situé à quelques centaines de mètres de la gare, il permet d’être rejoint aisément à pied. Düsseldorf, avec ses 600 000 habitants, reste une ville à taille humaine. De l’hôtel, pas de problème pour rejoindre le centre ville en marchant. Mais il n’est pas inutile d’acquérir un pass (14 euros pour 48h) avec accès illimité aux moyens de transport publics (métro, tramway), bien utile notamment pour se rendre au Museum Kunstpalast (peinture du XIXe) ou à la salle de concert Tonhalle, un peu excentrés sur le site du complexe Ehrenhof. Ce dernier, construit par Wilhem Kreis en 1926/27 pour la grande exposition GeSolei (Gesundheitspflege, Soziale Fürzorge und Leibesübungen), la Foire des soins médicaux, de la sécurité sociale et de l’exercice physique qui fut visitée par des millions d’Allemands.

De Beuys à Kraftwerk : le goût de l’expérimental

Le Museum Kunstpalast est notre première destination dans cette ville au rayonnement international : de l’école de peinture de Düsseldorf (Malerschule) qui attira des artistes de toute l’Europe (exception faite des Français) repoussés par l’establishment au groupes de musique expérimentale Kraftwerk (faire un détour par le club Ratinger Hof) et Toten Hosen en passant par le groupe pictural Zero, le charismatique Joseph Beuys et le groupe Fluxus – défendant un concept « élargi » de la notion d’art où l’homme en est le maillon principal, et son lien aux tableaux comme à une source de l’inconscient se révèle alors aussi important que les tableaux en eux-mêmes.- à l’actuelle célèbre école de photographies, en filiation avec l’art total issu du mouvement romantique du XIXe et reprise par Beuys dans les années 60.
Sans conteste, Düsseldorf est une ville d’art, ouverte aux expérimentations et source d’influences. L’approche réaliste de ses peintres « refusés » de l’Académie des Beaux-Arts, au XIXe, font échos au travail de Courbet et pourrait bien constituer les racines de l’hyperéalisme américain. Le concept original d’un art source de transformation sociale, diffusé avec force dans les années 60 par Joseph Beuys semble plus que jamais d’actualité. C’est bien là tout l’intérêt de ce musée qui, plus largement, fait traverser  au visiteur les époques les plus marquantes de l’histoire de l’art, notamment avec ses peintures des XVIIIe et XIXe siècles et ses collections après 1945.  La visite peut se conclure agréablement par une halte au NRW-Forum (1), un café-restaurant-exposition, situé sur place (spécialités italiennes). Argent, vie, art : « Refais ton choix » te souffle cette mentale ville rhénane !

(1) NRW-Forum, Ehrenhof, 2.
Tél. : +49 (0) 211 892 66 90

(2) Restaurant-Brasserie Zum Schlüssel, Bolkerstraße 41-47 ou  Brasserie Uerige, Berger Straße

(3) Café Woyton, MarktPlatz : idéal pour y déguster un bon chocolat à la crème.

(4) Im Goldenen Ring :

Burgplatz, 21. Tél. : +49 (0) 211 200 51 45. www.goldener-ring.com : une très bonne adresse pour découvrir les spécialités locales (dont la bière brune Füchschen ou Schumacher). Situé au bord du Rhin.

(5) Op de Eck

www.op-de-eck.de : une bonne table où l’hiver, il est délicieux de déguster une bonne soupe. Situé à l’entrée du K20.

Parcours en centre ville par le musée K20 Immermannstrasse, Ernst-Schneider-Platz, tourner à gauche à la Bourse pour entrer dans Schadow Arkaden, un passage de boutiques couvert, puis rejoindre Heinrich-Heine-Allee par la Theodor-Körnet-Strasse. Passer le pont et tourner à gauche en direction du K20, situé Grabbeplatz juste après l’opéra. Pour une visite rapide de ce musée, compter environ 1h30.


En quittant le K20, contourner par la droite le Kunsthalle qui lui fait face, tourner à droite dans Andrea-Strasse et passez, à droite, par le square de l’église Im Goldenen Kassel. Tourner alors à droite pour rejoindre, par BolkerStrasse, MarktPlatz et le café Woyton qui pourra vous servir un bon chocolat à la crème.

Puis descendre MarktStrasse et tourner à gauche dans FlingerStrasse, puis à droite dans KasernenStrasse.
Et rejoignez MittelStrasse jusqu’au BastionStrasse (à gauche) et ses petits antiquaires. Tout se quartier regorge de petites boutiques de modes et de petits kiosques servant des spécialités à manger sur le pouce. En débouchant sur BreiteStrasse, on tourne à gauche. Dans l’enfilade on reprend Heinrich-Heine-Allee et le chemin de l’hôtel.

En suivant ce petit circuit en boucle d’environ 2h à pied à partir de l’hôtel Nikko, vous pouvez ainsi découvrir la vieille ville, faire du shopping, boire une bière brassée sur place ou un chocolat chaud ou encore manger.  On peut également pousser une pointe jusqu’au port avec ses étonnants bâtiments couverts de métal et visiter la Rheinturm au célébre restaurant panoramique pivotant (ouverture à partir de 10h). et le parlement du Nord-Rhein-Westphalie en se rappelant que Düsseldorf (littéralement le village sur la Düssel) affiche, seule, un budget sans dette depuis 4 ans en Allemagne.

Les adresses

• Kunstsammlung (K20) : Grabbeplatz, 5. Tél. : +49 (0) 211 838 11 30. www.kunstsammlung.de • Museum Kunstpalast : Ehrenhof, 4-5. Tél. : +49 (0) 211 899 24 60 ou 02 00. www.smkp.de • Tonhalle Düsseldorf (salle de concert) : Ehrenhof, 1. Tél. : +49 (0) 211 899 61 23. www.tonhalle.de • Deutsche Oper am Rhein (opéra) : Heinrich-Heine-Allee, 16 a. Tél. : +49 (0) 211 892 52 11. www.operamrhein.de

Pour dormir : Hôtel Nikko

Immermannstrasse, 41. Tél. : +49 (0) 211 834 27 055.
www.hotel-nikko.com

L’ambiance de cet hôtel est des plus soft et c’est un plaisir de s’y offrir un repas dans l’un des deux restaurants des lieux dont l’un comporte des petites salles traditionnelles japonaises ou lézarder dans le spa du dernier étage doté d’une piscine panoramique. Au cœur du quartier japonais de Düsseldorf qui fourmillent de petits restaurants nippons à découvrir… (Pour les retardaires, l’hôtel Nikko de Paris a disparu).

Boire une verre la nuit

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« La face du monde peut changer très vite »

Interview de Thierry de Montbrial, directeur et fondateur de l’Institut français des relations internationales (Ifri)


Pierre Talbot : Est-ce la fin du leadership des USA?
Thierry de Montbrial : C’est probablement un cycle de cinq siècles de domination du monde par les Occidentaux qui s’achève. Comme le disait le grand économiste Maurice Allais, « nous vivons des temps à de nombreux points semblables à ceux qui ont précédé ou accompagné la décadence de l’empire romain. » La tendance est que l’ensemble des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et plus généralement les pays émergents voudront de plus en plus ouvertement peser sur les affaires ayant des incidences planétaires. Cette nouvelle forme de non-alignement n’est pas un anti-occidentalisme mais si la tendance se consolide, elle pourrait assez rapidement changer la face du monde. La Chine sera peut-être la première puissance planétaire en 2050, à la place des USA. Elle possède aujourd’hui un fort dynamisme économique et politique qui s’exprime par un fort activisme pour l’accès aux ressources dans toutes les parties du monde. Mais il faut être prudent car, comme en politique, les perceptions comptent autant et parfois plus que les réalités. L’extrapolation sur les décennies à venir de son taux de croissance observé actuellement et de son développement technologique peut ne pas se vérifier. En toile de fond, la rivalité des grandes puissances fait que les USA tente de contenir la Chine par l’Inde et on ne sait sur quoi va déboucher le grand test en Moyen-Orient que j’avais annoncé*.

Quel avenir pour l’Europe ? La crise n’a pas ou peu affecté l’expansion des grands pays émergents. De leur côté, les USA démontrent une nouvelle fois leur capacité à rebondir avec 3% mais personne ne voit clairement comment ils peuvent reprendre en main le budget avec un déficit supérieur à 10% du PNB. Du jamais vu depuis la dernière guerre mondiale sans compter un chômage inquiétant. Pour l’Europe, le phénomène le plus impressionnant est la déstabilisation de l’euro. Bien sûr, l’Europe a fini par faire face avec le consentement de l’Allemagne et notamment le revirement de bord de Jean-Claude Trichet qui a autorisé l’achat direct par la BCE des titres d’Etat menacés. Mais l’impression reste qu’il n’y a toujours pas de pilote de l’avion européen et que les partenaires de l’UE peinent à comprendre la nouvelle gouvernance trop complexe  découlant du traité de Lisbonne finalement ratifié par les 27. Ceci dit, l’hypothèse la plus probable me paraît être que l’eurozone et l’UE sortiront plus fortes de cette crise avec une meilleure gouvernance et des mécanismes de solidarité.

Va-t-on vers une gouvernance mondiale? Plus que jamais, l’UE composée de pays hétérogènes, comme les BRIC, reste un laboratoire de gouvernance qui préfigure ce que pourrait devenir l’organisation du système international à l’horizon des deux prochains siècles. Pour l’heure, le G20 se confirme comme un groupe pertinent mais son efficacité est discutable et son articulation avec le FMI peu claire, alors que ce dernier s’est vu ses ressources triplées par le G20. Pourtant il doit d’urgence répondre à deux questions : comment réguler le système financier et comment coordonner les politiques macroéconomiques. Le fera-t-il à temps?

* Ramses 2011 (Rapport annuel mondial de l’Ifri sur le système économique et les stratégies), Editions Dunod. 25 euros.

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CEA (Saclay) : une équipe révolutionne l’IRM

Grâce à la supraconductivité, les Dr Myriam Pannetier-Lecœur et Claude Fermon (CEA) ont réussi à mettre au point des minicapteurs magnétiques ultrasensibles mesurant un niveau d’activité magnétique du corps jusqu’alors insaisissable par l’IRM actuelle. Un bond pour la médecine et ce, pour un coût dix fois moindre.

Le bâtiment "Recherche fondamentale" du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), sur le campus de Saclay, abrite plusieurs laboratoires de pointe dont le Service de physique de l'état condensé (Spec) auquel appartiennent les Dr Myriam Pannetier-Lecœur et Claude Fermon.

Au rez-de-chaussée du bâtiment « Recherche fondamentale » du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) sur le campus de Saclay, le Service de physique de l’état condensé (Spec) * abrite plusieurs laboratoires de pointe. Comme ses voisins, celui du Dr Fermon ne compte que quelques personnes. Pourtant, ici, vient d’être mis au point de quoi révolutionner les indications médicales fournies par l’imagerie à résonance magnétique (IRM) conventionnelle qui demande des champs magnétiques très forts et qui repose sur un imposant équipement et qui coûte cher : 1 million d’euros par Tesla (Le Tesla est l’unité de champ magnétique, le champ magnétique terrestre est de 60µT).Grâce à une approche radicalement inverse à cette dernière et à l’utilisation de la supraconductivité à haute température, l’équipe du Dr Fermon a réussi à fabriquer des minicapteurs très sensibles capables de mesurer des signaux d’IRM dans un champ très faible, de l’ordre de quelques milliTeslas. Une technologie qui rend aussi possible de mesurer l’activité électrique du cœur et bientôt celle du cerveau. De quoi faire faire un bond spectaculaire au diagnostic médical en détectant des pathologies nouvelles.

Dr Claude Fermon

« De plus comme ce matériel pourra être transportable, on pourra, par exemple, ausculter les prématurés facilement, détecter très rapidement les hémorragies des AVC (accident vasculaire cérébrale) en se rendant sur le lieu de leur accident ou encore détecter les arythmies, signes d’infarctus », détaille Claude Fermon. Pour l’heure, les premiers magnétocardiographes et IRM à très bas champ vont entrer en test dans des centres hospitaliers et à Neurospin (Saclay) et des accords industriels ont été conclus (dont l’un, non secret, avec le suédois Elekta) pour une commercialisation qui devraient commencer en 2013. Un troisième équipement, capable d’imager l’ensemble du corps humain, doit également voir le jour dans le même temps. Cet IRM à très bas champ coûtera environ dix fois moins cher que l’IRM normal et acceptera les personnes ayant des implants métalliques. « Nous espérons le vendre entre 100 et 150 000 euros », dévoile l’auteur de cette première mondiale qui déjà a un nouveau projet en route : la fabrication d’une machine hybride mariant l’IRM à très bas champ et la magnéto-encephalographie pour obtenir une visualisation anatomique et fonctionnelle simultanée du cerveau.

Saclay en pôle position pour la supraconductivité

Cette application révolutionnaire de l’IRM bas champ n’apparaît pas au cœur du campus de Saclay par hasard. De nombreux laboratoires publics (CEA, CNRS, Université Paris-Sud, Polytechnique, Supélec), en interactions entre eux, ont fait depuis de nombreuses années de la supraconductivité l’objet de recherches fondamentales ou la base de réalisations extraordinaires avec des compétences parfois uniques en Europe ou au monde. Il en est ainsi des électroaimants géants utilisés dans l’anneau d’accélération de particules du CERN à Genève, ou encore de la fabrication des 86 éléments de l’accélérateur linéaire XFEL, un projet européen développé sur 3 ans pour 1 milliard d’euros. Deux marchés confiés à l’Institut de recherche sur les lois fondamentales de l’univers (Irfu) du CEA.

Claire Antoine, phycisienne au Service des accélérateurs, de la cryogénie et du magnétisme (SACM) du CEA-IRFU et de la plateforme Supratech (CEA-CNRS).

« La supraconductivité offrent la possibilité de réaliser des bobines très compactes qui donnent des champs magnétiques très élevés dans des câbles de faibles sections. Avec des budgets plutôt sous dimensionnés, nous avons de quoi faire un seul et unique prototype, contrairement à ce qui se passe dans le spatial ou l’aéronautique,  et nous arrivons à faire des choses qui marchent du premier coup ! », commente Claire Antoine, physicienne du service des accélérateurs, de cryogénie et de magnétisme (SACM) de l’Irfu et spécialiste des cavités accélératrices supraconductrices au sein de la plateforme Supratech (CEA/CNRS) qui les conçoit et les élabore grâce à l’une des plus grandes salles blanches européennes*****. Comme de nombreux scientifiques à travers le monde mais aussi en France (50 laboratoires), le campus de Saclay est  » accro » à la supraconductivité pour deux grandes raisons. D’une part parce qu’elle offre des possibilités quasi infinies au-delà des exemples que nous venons de voir : du train sans contact avec le sol à l’électronique des nanocircuits** en passant par le mythique ordinateur quantique*** ou encore les télécoms, l’informatique, la géophysique et l’archéologie. Mais aussi, parce que le phénomène n’est pas expliqué depuis 25 ans pour le second de ses états : celui de la supraconductivité à haute température critique. Un défi pour la recherche fondamentale!

Un phénomène inexpliqué

Julien Bobroff mène une recherche fondamentale sur la compréhension de la supraconductivité au sein du Laboratoire de physique des solides, basé dans le Bâtiment 510 (Université Paris-Sud/CNRS).

« En fait, il y a deux supraconductivité, explique Julien Bobroff du Laboratoire des physiques des solides, unité mixte Université Paris-Sud/CNRS. La première, qui remonte aujourd’hui à 100 ans et qui a été expliqué dans les années 60, fonctionne avec certains métaux à des températures situées entre -272° et -240° grâce à un refroidissement à l’hélium liquide. A ce niveau de froid, les électrons qui normalement se repoussent, s’appareillent par deux via les vibrations des atomes et forment tous ensemble une vague cohérente et en mouvement qui laisse passer le courant électrique sans aucune résistance tout en expulsant tout le champ magnétique qui l’entoure. Ce qui, dans le cas du train sans contact, explique le phénomène de lévitation. C’est avec elle aussi que l’on réalise les superaimants de l’Irfu, etc. La seconde supraconductivité, observée dans les années 80, fonctionne à hautes températures critiques (haut-TC). Soit pour la plus haute, -138° avec les cuprates à base de mercure. Ce qui, pratiquement et économiquement, rend la supraconductivité beaucoup plus abordable. » Adieu la cryogénie! Les capteurs du Dr Fermon fonctionnent avec une simple pompe refroidissante. Les principales applications de cette nouvelle supraconductivité sont présentes sur le campus, décidement en pôle position, avec les capteurs magnétiques du Dr Fermon et les nanocircuits électriques du LPS**. Mais à ce jour, malgré des milliers contributions, personne n’a trouvé comment se produit l’appareillage des électrons à ce niveau de température. Le fait est que ça marche! Mais la compréhension totale du phénomène ouvrirait sans aucun doute de nouvelles voies dont on ne peut soupçonner les retombées. Le campus de Saclay est un vivier d’équipes à la pointe des recherches sur les mécanismes de la supraconductivité à haute dite à haute température critique : citons à titre d’exemples les travaux menés par  Philippe Bourges et Yvan Sidis du laboratoire Léon Brillouin (LLB)**** sur l’interconnexion entre propriétés magnétiques et supraconductrices et par Dorothée Colson, Florence Albenque et collaborateurs du Groupe Oxydes Conducteurs (IRAMIS/SPEC)*, sur l’élaboration et la caractérisation de céramiques et monocristaux et l’étude des propriétés physiques (magnétisme et transport) de ces mystérieux supraconducteurs comme les derniers nés, en 2008, les pnictures de fer.

* Spec (Service de physique de l’état condensé) : unité de recherche associée CEA/Iramis (Institut Rayonnement Matière)/CNRS
** Laboratoire des physiques des solides (LPS) avec Richard Deblok
*** Laboratoire Quantronique de Denis Vion
**** Unité mixte du CEA/CNRS et du réacteur Orphée (CEA)
***** Ces cavités, qui sont des résonateurs permettant de stocker et d’amplifier le champ électrique destiné à accélérer un faisceau de particules chargées dans un accélérateur, ne supportent pas la poussière.

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« 1 million d’emplois demain, c’est possible ! »

Le pacte de responsabilité ne vous semble pas adapté à la situation. Pourquoi ? La réalité économique française est multifacette. Deux tiers de l’activité économique sont assurés par environ 35 000 entreprises dont 200 de plus de 5000 salariés, 300 de 2000 à 5000 salariés, 2200 de 500 à 2000 salariés et 32 000 de 50 à 500 salariés). Elles vont a priori bénéficier des deux-tiers des 30 milliards du pacte de responsabilité. Le nombre total d’entités enregistrées au registre du commerce dépasse les 3,6 M. Elles sont constituées en très grande majorité d’artisanats, de commerces, de professions libérales, de TPE et de PE, comme d’associations et d’auto-entreprises. Ceci étant dit. Le Pacte de responsabilité, tel qu’il est présenté concerne à la fois les « grands » et les « petits ». Les deux-tiers des 30 Md€ de réduction de charges salariales vont concerner les « grands ». En réalité, ceux-ci n’en ont pas un besoin pressant. Une diminution de charges (environ 5%) à ce niveau représente pour ces « grands ensembles » une forte économie, mais aura peu d’influence sur leur politique de l’emploi. Pour les « petits », une diminution de 5% charges sur les salaires est tout à fait insuffisante. Les TPE et PE ne pourront pas s’engager à embaucher pour autant. Or ce sont ces dernières qui ont le plus besoin d’aide et ce sont elles qui représentent le plus gros réservoir d’emplois potentiels. Il est estimé aujourd’hui à plus de 1,5 M. D’où ce déséquilibre difficile à comprendre qui me fait dire que le pacte de responsabilité tel qu’il est présenté est inadapté. Un rapport de 10 Md€ pour les « grands » sous forme de réduction d’impôts sur les sociétés et 20 Md€ pour les « petits » en réduction de charges eut été plus adéquat. Il est évident que ce sont ces derniers qui doivent être aidés pour créer de l’emploi. Ceci en partant du constat que c’est l’activité qui génère de la croissance et non l’inverse. Tout ceci participe à dresser une image de la France en rupture de société. Le moral de la population est au plus bas. Celui des entrepreneurs est morose. Investisseurs et grands financiers hésitent quand ils ne se découragent pas. En situation de crise économique, en l’absence de marché, il n’y a que peu ou pas de clients et de ce fait, que peu ou pas de ressources pour les entreprises, de pouvoir d’achat pour les citoyens et de recettes pour l’Etat. C’est un cercle vicieux. Gérer socialement le chômage,  en attendant les effets de la reprise ne suffit plus : il concerne tout de même environ 5,5 M de personnes (dont 3,3 M indemnisées par Pôle emploi, soit les « vrais chômeurs », les autres étant en fin de droits et … sans emploi) auxquelles il faut ajouter environ de 3 à 5 M de « précaires ».

 

Vous proposez un contrat d’activité qui peut créer 1M d’emplois dès demain. De quoi s’agit-il ? La proposition peut sembler farfelue, elle échappe tout simplement à la pensée unique et s’appuie sur des travaux sérieux, notamment menés au sein du Club Espace 21 depuis plus de 10 ans. En janvier 2015 apparaîtront les smicards sans charges patronales, nous verrons le résultat. A mon sens, nous tournons en rond, car si la borne des 30% de baisse des charges est atteinte, elle est limitée à une catégorie de salariés et l’offre d’emploi est tirée vers le bas. Tant qu’à baisser les charges en faveur des « petits », nous proposons un contrat CDD d’activité marchande tripartite : employeur-assurance chômage-formation. Ce n’est pas un contrat aidé. Il est destiné en priorité aux TPE, PE et ME, dynamiques et innovantes. Le coût salarial chargé du contrat d’activité est financé par toutes les parties prenantes : l’employeur (35%), l’assurance-chômage (40%) et la formation professionnelle (25%). Ceci correspond à une baisse effective de 65% de l’ensemble des charges pour l’employeur sur ce contrat d’une durée de18 mois. Au delà de cette période, si le contrat est transformé en CDI, l’employeur bénéficierait d’une période équivalente sans charges patronales ! Après une présentation à Matignon, l’idée a été jugée intéressante et présentée à la conférence sociale en juin 2013. Apparemment, en novembre, aucune suite n’a été donnée et sinon un report. Certains partenaires auraient bloqué les discussions. Le succès de cette  proposition dépend de la qualité du dialogue social et de la volonté de réussite des parties. L’Etat doit en être avant tout le stimulateur et le garant. Une telle baisse du coût du travail est un seuil réaliste déclencheur de recrutement pour les chefs d’entreprise ! En prenant l’hypothèse qu’environ un quart des chômeurs qualifiés, soit 650 000 personnes indemnisées, et la même proportion de sans emploi, soit 400 000 non indemnisés, acceptent un contrat d’activité dans leur secteur marchand, nous atteignons le chiffre d’un million de personnes. En vertu des manques à gagner et des nouvelles recettes pour l’Etat cela représente plus de 10 Md€ de recettes sociales et fiscales par an. L’activité produite par ce nouveau million d’actifs engendrera de la richesse et aidera à développer la croissance en favorisant l’investissement et la consommation. Ce cercle vertueux de la réussite permettra de créer de l’emploi.

 

Une majorité des sans emplois sont peu ou pas qualifiés. Comment prenez-vous en compte cette réalité ? Effectivement, seuls 23 à 27% des chômeurs aujourd’hui indemnisés sont qualifiés (16 à 18% pour les autres, qualifiés de sans emploi). C’est la raison pour laquelle seulement environ 1 M d’entre eux peut être embauché avec un contrat d’activité. Un quart du temps si nécessaire ils pourront se perfectionner et bénéficier de formations en liaison avec leur emploi. D’où là tout l’intérêt d’associer au financement du contrat d’activité la formation professionnelle.

Maintenant parlons des autres non bénéficiaires de ce contrat, chômeurs indemnisés et sans emploi. Pour les jeunes non qualifiés et sans emploi, souvent hors u système scolaire ou sortis sans diplômes, il est prévu de créer des  Centres de pré-qualification à l’emploi (CPQE) avec une période de formation sur 3 ans. Pour les jeunes sans expérience il faut des contrats d’activité « jeune » d’un an.  Quant aux seniors en évitant que la rupture conventionnelle ne devienne une issue fatale, la mise en place de contrat de maintien en activité partielle pendant 24 mois peut être une solution. L’Education nationale et la formation professionnelle sont deux sources de financement à ne pas négliger. Ces formes complémentaires de contrats d’activité sont prises en compte dans le calcul du retour net de recettes pour l’Etat. Cet enjeu est crucial d’autant que, là aussi, en matière de formation professionnelle le gâchis rafle la mise : sur le budget de dépenses de 32 Md€ de la formation professionnelle, on estime que seuls 18 Md€ sont efficaces et concerne les besoins réels du métier exercé ! Il est temps de prendre de vraies mesures et non de continuer à jouer les artificiers. Même si la plupart des « manques à gagner » sont conjoncturels, nombreux sont aussi structurels. Pour n’en citer que quelques-uns en rapport avec la situation, il y a le travail au noir, le marché noir, les fraudes, fiscales, à la sécurité sociale, à l’URSAFF et à l’Unedic, les surcroîts d’absentéisme au travail dans le privé comme dans le public, l’excès du travail précaire avec l’avalanche de CDD de très courte durée, l’abus du nombre croissant de ruptures conventionnelles de contrat, l’immobilisme et la frilosité des banques, les transferts illicites de capitaux à l’étranger, etc. L’ordre de grandeur des pertes dues à cet ensemble de fraudes, d’abus et de craintes dépasserait les 120 Md€, presque 6% du PIB. Si on ajoute à cela le cumul de toutes les dépenses et aides  en faveur de l’emploi pour l’année 2013  on arrive à un total (lui aussi) de 112 Md€ d’euros, dont 18 milliards pour le seul RSA ! Quant à lui, le contrat d’activité coûterait 15 Md€ au lieu de 25 Md€ s’ils étaient restés au chômage ou sans emploi. Mais les bonus des « manques à gagner » et des manques à consommer » dépassent les 7 Md€. En tenant des surcoûts liés aux CPQE et autres soutien le solde est positif à hauteur de plus de 10 Md€. Alors qui fait le bon calcul ?

Propos recueillis par Pierre Talbot

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« L’entreprise devrait être un lieu de gentillesse »

Emmanuel Jaffelin est le premier philosophe à théoriser la notion de gentillesse. Par ce nouveau concept, il interroge simultanément les finalités de l’entreprise comme aventure humaine où se reflètent les nouveaux enjeux de nos démocraties marchandes.

Votre Eloge de la gentillesse a suscité, lors de sa publication, l’intérêt des chefs d’entreprise. Pourquoi ? Il est vrai que le mot gentil sous-entend dans son acception courante l’idée de mièvrerie et de naïveté. Il peut donc paraître étonnant que des chefs d’entreprise – du Cac 40 aux PME – me sollicitent depuis 2010 pour mettre la gentillesse à l’honneur dans un milieu qui n’est pas forcément connu pour faire dans la dentelle ! Inspirée de situations quotidiennes que j’ai observées, la gentillesse se définit comme le fait de rendre service à quelqu’un qui me le demande. S’il n’y pas de demande, je rends un service de manière intrusive : c’est ce que j’appelle la sollicitude. D’un autre côté, le respect consiste à observer des règles. La gentillesse est donc l’une de ces trois formes de l’empathie : elle se situe entre les feux de la sollicitude (Amélie Poulain) et la glace du respect (Laisser libre la place réservée aux handicapés). Mais cette position médiane sur le spectre de l’empathie en fait une intelligence profonde et fructueuse des relations humaines. Mettre en valeur la gentillesse dans l’entreprise – où elle se trouvait déjà – revient à faire des relations humaines une source de dynamisme qui se manifeste autant dans l’atmosphère sociale que dans l’ambiance de travail. Mais la gentillesse n’est pas un simple supplément d’âme de la vie économique : elle révèle aux entrepreneurs leur nouvelle fonction politique.

En quoi les chefs d’entreprise endossent-ils le rôle des hommes politiques ? L’entreprise est bien sûr un lieu de création de richesse, mais elle constitue aussi une matrice des relations sociales de nos sociétés qui baignent dans le jus de « l’économisme ». Le pouvoir est sorti des mains des hommes politiques pour entrer dans celles des entrepreneurs. Platon présentait l’homme politique comme un tisserand, capable d’entrelacer (sunplokè, en grec) l’un et le multiple. Aujourd’hui, l’homme politique ne sait que pondre des lois et promouvoir les entrepreneurs qui contribuent à l’enrichissement de la nation, autrement dit à l’embauche et à l’augmentation des salaires. L’entrepreneur est ce nouveau tisserand, qui n’en a pas encore conscience, mais qui a compris que son pouvoir était réel. Il peut en faire un usage cynique, apanage des cost killers, ou gentil, option qui l’anoblit et fait de lui le nouveau gentil-homme politique de la post-modernité ! Avec la gentillesse, l’entreprise réintroduit l’humanisme en son sein. C’est une tendance lourde de notre époque. L’entreprise doit faire des bénéfices, c’est bien sûr là la condition de son existence ; mais elle doit aussi permettre à ses salariés de s’y épanouir. Ce bien-être libère une forte énergie dont profitent évidemment l’entreprise et, en retour, la société. Les différentes sphères de sociabilité (famille, lieu de culte, club de sport, assemblée délibérative) sont toutes poreuses les unes aux autres. L’intelligence humaine que l’entreprise cultive passe dans les autres sphères ; la bêtise aussi. La gentillesse génère donc un cercle vertueux, un dispositif winner-winner dirait-on sous d’autres latitudes ! L’économie solidaire peut paraître en marge de l’économie capitaliste : elle rappelle simplement à la société que l’entreprise a deux finalités, l’une économique visant à produire de la richesse, l’autre politique visant à créer de la sociabilité. A la différence de l’entreprise capitaliste, l’entreprise solidaire met la seconde finalité au premier plan ; mais les deux entreprises travaillent dans une direction politique : créer des liens humains. Les entreprises constituent la trame d’un tissu politique où se croisent les fils de la spiritualité et de la matérialité de l’aventure humaine.

Introduire de la gentillesse dans l’entreprise est-il réellement possible? Pour moi, les chefs d’entreprise sont des aventuriers au sens noble du terme. Leur prise de risques est souvent importante. Pour vivre leur rêve, ils sont capables de gager leurs biens, de se mettre vraiment en danger. Introduire la gentillesse dans leur entreprise peut paraître futile à certains d’entre eux. Cependant, d’autres ont remarqué que le management anglo-saxon, rivé aux process comme un convalescent à ses béquilles, génère des conflits, une absence de motivation et des relations humaines  fausses. Si cette vision des relations réglées et formelles dans l’entreprise convient à certaines sociétés, elle est source de malaise et de frustration dans les sociétés latines où l’humeur et la subjectivité ont droit de cité ! Etre à l’écoute des salariés ne représente pas une faiblesse, mais une force, pour l’entrepreneur comme pour les concernés. Il en va de même pour le middle manager, qui peut être soupçonné dans les débuts de cynisme par son empathie, mais une fois compris par les salariés que la construction d’une atmosphère de travail repose sur l’intersubjectivité et non pas seulement sur des liens d’autorité, le manager deviendra lui aussi un gentleman. Reconnaître dans la gentillesse une intelligence de l’émotion et une empathie constructive conduit l’entreprise à devenir une gentilhommière, autrement dit un lieu où l’on s’anoblit par les relations humaines qui rendent possible le travail. Encore mieux que une simple Great place to work !

Les chefs d’entreprise ont-ils vraiment conscience de leur pouvoir sur la société en dehors de la dimension économique ?Non, je le constate régulièrement. Dans leur conscience de leur fonction, l’économique continue de primer le politique. Ce transfert involontaire, inconscient et historique du pouvoir par le monde politique au monde entrepreneurial est finalement relativement récent. Peu d’entrepreneurs ont conscience de leurs réelles capacités à transformer la société par une évolution des relations humaines au sein de leur entreprise. En latin, gentilis signifie noble. Le terme s’est galvaudé au point de désigner le noble et l’ig-noble et d’aboutir à cette ambiguïté qui fait du gentil soit quelqu’un de bienfaisant, soit un simple d’esprit. Revaloriser cette notion en la fondant sur un acte moral simple et pétillant – celui visant à rendre service – tout en montrant qu’il n’est pas étranger à l’économie, permet d’envisager nos sociétés marchandes sous un jour nouveau et lumineux : la réconciliation de nos vieilles civilisations de l’honneur et de notre société du bonheur.

Emmanuel Jaffelin, auteur de L’éloge de la gentillesse (Editions François Bourin, 2010), Petit éloge de la gentillesse (Editions François Bourin, 2011), Petite philosophie de l’entreprise (Editions François Bourin, 2012), On ira tous au paradis (croire en Dieu rend-il crétin, Flammarion, 2013), Apologie de la punition (Plon, 2014).

 

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Pieds nus en Haute-Maurienne, au pays de Belle et Sébastien

 

A 4h30 de Paris (Modane), le pays de Belle et Sébastien offre bien des surprises ! Comme marcher pieds nus lors d’une rando nature avec Cynthia, face au. Une délicieuse sensation au milieu des marmottes, bouquetins et fleurs rarissimes de beauté le parc national de la Vanoise. Seul, à deux ou en famille, une sortie inoubliable, surtout après une nuit au refuge du Lac blanc.

Dans l’ex Piemontais, le col du mont Cenis, porte historique sur l’Italie, marque la frontière de la Haute-Maurienne de cette vallée la plus haute des Alpes accessible par le col de l’Oisans, coté français. Dans ce territoire rude les hommes, droits comme les sapins, affrontent avec courage la nature, belle mais hostile. Aujourd’hui, les six communes – Braman, Sollières-Sardières, Termignon, Val Cenis, Bessans – de déploient une belle énergie pour accueillir les touristes en valorisant avec intelligence et imagination leur territoire situé n bordure du parc national de la Vanoise. Leur cible : les familles : ici, toutes les activités peuvent être partagées avec les enfants (dès six ans). Un plus pour tous ceux qui veulent rompre avec le quotidien, se retrouver et se ressourcer. Bref, de l’air pour reprendre son souffle, à moins que le loup… !

Là où, en 218 avant JC, les échos des barrissements des éléphants d’Hannibal se sont répercutés depuis le col du Cenis dans les vallées de Huate-Maurienne, les ancêtres des fanfarons de Termignon ou autres bavards de Lanslebourg durent se taire… Quoi de plus naturel pour ces montagnards « froids et réservés », selon Joseph Dessaix, au XIXe, « qui ne s’allie avec l’étranger que lorsqu’il le connaît bien, mais alors, il lui manifeste tous les sentiments d’une amitié vraie, et partout l’on trouve sous son toit la plus franche comme la plus généreuse hospitalité. » Nous avons pu le vérifier !

Dans cet eden, marmottes, bouquetins, lagopèdes, gypaète barbu s’ébattent parmi les fleurs les plus rares comme la saxifrage fause diapensie, le genevrier sabine, l’androsace helvétique, le lis orangé ou encore la primevère du Piémont. A pied, en vélo ou en VTT électrique ; seul, à deux et surtout en famille  : tout ici n’est que beauté et harmonie pour entendre à l’infini un unique cri : « Je suis en vie ! »

 

Itinéraires, parcours : www.savoie-mont-blanc.com, www.hautemaurienne.com, www.terramodana.com, www.cyclo-maurienne.fr

 

Refuge du lac Blanc : 04 50 53 49  14, 04 50 47 24 49

 

 

 

 

 

Refuge de la Leisse : 04 79 0545 33, 06 77 09 75 83 , www.refugedelaleisse.e-monsite.com

 

Où loger :

Lanslevillard : Résidence les Essarts : 04 79 05 90 04

 

Pour se détendre :

 

Lanslevillard : Parc de loisirs des Glières : piscine, hammam, massage : 04 79 05 89 32

Lanslebourg : Valfontaine, espace forme et bien-être (soins, sports, massage, jacuzzi, hammam), 06 66 94 26 44

 

Où manger et s’amuser :

 

Lanslevillard :

 

Bonneval-sur-Arc :

 

 

 

Jérôme Furbeyre : voyages itinérants en vélo

06 07 16 93 50, www.rolosports.com

Sollières :

L’épopée de Bérold de Saxe : parcours jeux

Www.parcours-jeux.haute-maurienne-vanoise.com

 

:

 

Rando nature « où tout est possible » avec Cynthia, pieds nus dans la neige ou yeux bandés

« Ici, tout est possible, tout est accessible, tout est à découvrir », explique Cynthia, guide nature du Parc national de la Vanoise.

circaète Jean-le-Blanc, observation par caméra

 

canyoning et

Typique village de, isolé près de huit par an a gardé toute son authenticité.

 

Massage : Valérie Di Tomaso , 06 15 84 78 48

 

CO2+

VTT électriques : génial!

 

 

Après un bon repas avec les produits du terroir à ,

 

 

 

 

 

Bessans : via ferrata, bureau des Guides, 04 79 05 81 33

www.guidesmontagnesbessans.com

 

Bonneval-sur-sur-Arc : Balade aqua dans le canyon de l’Ecot (à partir de 10 ans), 06 07 12 25 34

www.antipodeszeb.com

 

Solières : parcours aventure en réalité augmentée

www.alterespaces.com

 

 

Villars : VTT

04 79 05 99 06 20 euros,la journée

CO+

 

Mont-Cenis : jardin botanique et promenade en VTT électrique vers le col de la Madeleine

 

Accès TGV : Modane, correspondance par bus : www.altibus.com

 

Office du tourisme : 04 79 05 99 06, www.haute-maurienne-vanoise.com

 

Parc national de la Vanoise

 

Centrale de réservations : 04 79 05 90 04, www.dhm73.com

 

 

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Paris, 28 juin 2013 : le mouvement sol se donne une nouvelle charte

Quelques annnées après sa création par l’association, la monnaie complémentaire sol poursuit son expansion un peu chaotique sur l’Hexagone, notamment en fédérant d’autres monnaies locales. Sa nouvelle charte illustre cette volonté de dynamiser le mouvement sol en ouvrant large ses portes aux adhérents sur la base d’une plateforme éthique commune pour le développement d’une autre économie… plus solidaire.

 

Mais non les monnaies complémentaires ne sont pas mortes nées ! Bien au contraire. Le sol, avec l’adoption d’une nouvelle charte le 28 juin à Paris en AG extraordinaire ouvre notamment large ses portes pour laisser adhérer le plus grand nombre afin de donner à son mouvement un véritable dynamisme. Quelques années après sa création, par cette stratégie, sol s’assure depuis un an une visibilité plus grande. « Ce n’est pas une OPA sur les autres monnaies. Nous sommes tout simplement compatibles avec elles grâce à une technologie élargie avec une carte de paiement électronique sans contact », explique un des membres fondateurs de l’association.

 

Une monnaie complémentaire universelle : loov*

 

Pour autant l’avenir des monnaies complémentaires, particulièrement adaptées au secteurs de l’économie social et solidaire (ESS), du commerce de proximité et de l’art, évolue dans un paysage un peu bouché. D’une part en raison d’une réglementation inexistante au niveau international les concernant. D’autre part en raison d’un frilosité des politiques qui hésite à les prendre compte dans la future loi sur l’ESS. Pour autant, l’apparition de la monnaie complémentaire universelle loov, créée par un laboratoire de l’institut Mines Telecom (Evry), pourrait bien changer la donne. L’once d’or virtuel (loov) se manipule en temps réel via un smartphone ou tout autre moyen de connexion grâce à une technologie très performante qui vient de faire son apparition* au niveau international. « L’intérêt de cette technologie innovante, aux multiples usages grâce à la réalité augmentée, est de fonctionner en auto-financement et d’utiliser le mode ludique pour échanger et communiquer à travers des parcours à récompenses pour les utilisateurs

», détaille Gilbert Réveillon, créateur de loov et enseignant-chercheur à Telecom SudParis, qui depuis trois ans sillonne la planète pour faire avancer son projet.

 

* marque déposée

 

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Satori, sur les traces de Joseph Beuys

L’Oeuvre comme image du lien de l’artiste avec elle. Vivre, c’est apprendre à mourir.

Satori


De rencontre en rencontre, le coeur de l’univers retentit en chacun. Son énergie jaillit dans l’art total, la femme est son accès.

Trois pas nous en séparent. Le premier est le dernier, au sommet.

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BONNE ANNEE 2012 : PIZZA OUT ! ITZA !

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En route vers l’océan : halte à Ker Dame Marie (L’Alleud) De Saumur à La Possonnière (60 km), France, Maine-et-Loire (49)


On peut préférer les eaux étroites pleines de mystère et de rêves comme l’écrivain Julien Gracq les a vécues près d’Angers (le cœur de notre parcours). De Saumur à Angers (66km), on imagine, qu’au fond, elles ont la même âme que la Loire qui les recueillent. De Saumur au confluent de la Maine et de la Loire, en aval d’Angers (La Pointe Bouchemaine), où se situe La Possonnière (L’Alleud), après Béhard (18 km), un vélo est idéal pour longer ses rives fortes en sensations.

L‘immensité de son lit, le frémissement accéléré de ses eaux par de forts courants aiguisent les sens comme le vent qui vous baigne le visage levé vers des ciels aux bleus épurés. C’est cette lumière que l’on retrouve, si belle mais assombrie, dans la peinture flamande du XVIIIe. Pour l’heure, elle fait vibrer le tuffeau des maisons de la levée, dressée par les forçats, nous approchons, à partir de Saumur, du centre du royaume des Plantagenets. En quittant l’altier château de Saumur, nos haltes sont St-Mathurin (28 km), Les Rosiers-sur-Loire (11km), à 28 km des Ponts-de-Cé, la porte d’Angers sur la Loire. Gargantua n’est pas loin avec  l’abbaye rabelaisienne de Fontevraud.

Loire, Rhin, Danube, Ob : l’orbe des grands fleuves de l’Europe forment un réseau apportant l’esprit des montagnes. Béatrice et Rémi Bonnevialle, les hôtes de Ker Dame Marie, ne viennent pas de si loin. Quittant la région parisienne, ils ont choisi de vivre carpe diem aux bords de la Loire, dans une maison du XVIIIe d’un alleud, après l’île de Béhuard où l’on peut déguster sous une tonnelle de délicieux mets liguriens comme bien sûr les anguilles (Guinguette La Croisette). Avec son parc, sa piscine, son salon de musique ce gîte-chambres d’hôtes est une halte sur la route de la Loire en vélo (www.tourismepaysdelaloire). Comptez 73 euros en moyenne pour 2 nuits.

A Angers, le château du roi René a peu fière allure avec ses tours tronqués, depuis la vue qu’offre l’esplanade du quartier du Bout du monde, le vieux quartier de la ville. Heureusement, il existe un double de ce château à Naples, qui appartenait aussi à sa couronne, dans toute sa splendeur (en ville, manger des fruits de mer, place du Ralliement, à la brasserie Les Caves du ralliement, près de l’excellent Hôtel St-Julien). Prochaine étape : Angers – St-Nazaire.

Pour dormir

• Ker Dame Marie, rue des Filassiers – L’Alleud (49)
Tél. : 02 41 19 25 00 – 06 82 81 68 28
10 www.kerdamemarie.com

• Hôtel St-Julien, Angers /www.hotelsaintjulien.com
Tél. : (0)2 41 88 41 62

Pour manger :

• Crêperie Pizzeria des Ponts, 60 avenue du Général de Gaulle (plein centre) Saumur Tél. : 02 41 38 05  www.creperie-pizzeria-des-ponts.fr

• Restaurant Le Bec salé, Les Rosiers

• Brasserie Les Caves du Ralliement
9 Place Ralliement, Angers
Tél. : 02 41 88 47 77

• Restaurant du N T A – Nouveau Théâtre d’Angers - Centre Dramatique National – Pays de le Loire
17 rue de la Tannerie - BP 1010349101 ANGERS cedex 02
Tél. +33 (0)2 44 01 22 44 - fax. +33 (0)2 44 01 22 55

L’ABRI DES BATELIERS
www.abri-des-bateliers.com

7 Place Ruzebouc
La Pointe Bouchemaine
Tél. :
02 41 77 17 46

• Guinguette La Croisette, Ile de Béhuard Tél. : 02 41 23 19 53 (sur réservation, en saison)

• Guinguette Les Tourbillons, Madame Kret Elisabeth
Le Port, La Possonnière
Tél.: 02.41.72.66.66

BONNE ANNEE 2012


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