« Oui à la TVA sociale »

Interview de  Nicolas Bouzou, économiste, Nicolas Bouzou dirigeant de la société de conseil Asterès.
Pierre Talbot : Comment jugez-vous l’évolution de la situation économique ?
Nicolas Bouzou : Passer d’une récession de 2,5% à une croissance de 1,5% en quelques mois est plutôt un bon résultat après avoir essuyé cette double crise (bancaire et économique) dont les dommages mettront cependant des années à se résorber. Cependant, les indicateurs traduisent une reprise molle qui va perdurer. En particulier sur le marché de l’emploi, la France avance pas à pas : 125000 emplois perdus en 2009 pour seulement 30000 regagnés par trimestre actuellement. Globalement en Europe, à l’exception de l’Allemagne, on retrouve ces mêmes tendances qui s’étendent désormais également aux USA. C’est une situation d’autant plus délicate que la crise des finances publiques constitue une véritable épée de Damoclès pour nos économies condamnées pour s’en protéger à des plans de rigueur qui freinent la croissance.

Sur quoi repose l’exception allemande ?

Il y a bien sûr la structure du tissu économique composée de grandes PME qui donne à l’Allemagne une puissance commerciale plus grande que celle de ses voisins. Mais essentiellement, sa meilleure croissance est due aux exportations qu’elles réalisent vers les pays de l’Europe de l’Est avec actuellement un taux de + 50% par an. Et ceci non pas grâce à des coûts salariaux qui ne sont pas plus faibles que les nôtres comme cela est dit à tort mais grâce à la qualité de sa production.

Faut-il abandonner l’euro pour retrouver une meilleure compétitivité ?
Ce serait une erreur car une sortie de l’euro représente des dépenses prohibitives en recréant les coûts de transaction de notre marché interne qui porte l’économie française. Ceci dit, l’UE se retrouve le dindon de la farce sur le marché paritaire, les Américains et les Chinois y faisant jouer à l’euro le rôle de monnaie forte. Cet échec est dû principalement à l’action de la Banque centrale centrée uniquement sur le contrôle de l’inflation et non sur la croissance. L’absence d’une réelle coordination économique entre les pays de la zone euro qui repose aujourd’hui sur une simple réunion de ministres sans légitimité démocratique est à déplorer.

Une taxe Tobin pour financer les déficits publics?

A l’instar de l’idée d’un gouvernement mondial, celle d’une taxe sur les échanges boursiers relèvent du rêve. Il y aura toujours des pays pour se mettre à part, il y aura toujours des parades pour échapper à la taxe. La solution est dans la limitation de la spéculation en obligeant les banques assujettir leurs opérations à risque à leurs fonds propres comme le préconisait Bâle III.

Quel est pour vous le capitalisme idéal, titre de votre dernier ouvrage*?
Le temps du libéralisme pur et dur à la Chicago boys est passé, je crois. L’économie doit être encadrée, notamment pour contenir les inégalités. Ainsi pour une meilleure fiscalité des entreprises, une TVA sociale est bien plus juste puisqu’elle permet de répartir les prélèvements non pas uniquement sur les salariés mais sur l’ensemble des consommateurs. Son adoption par la Scandinavie et l’Allemagne a boosté fortement leur compétitivité. En France, il faudra beaucoup de pédagogie pour la faire passer…
* Editions Eyrolles, 2010.

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Peintre, journaliste
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