Imagine Eyes : une première au fond de l’œil


Cette start-up d’Orsay (Essonne) a mis au point une caméra qui révolutionne l’imagerie cellulaire de la rétine. Cette innovation intéresse les chercheurs du monde entier pour la compréhension et le traitement des maladies rétiniennes comme la DLMA.

« De mes expériences et connaissances précédentes, je ne pensais pas qu’il était possible d’obtenir de tels résultats avec la technologie développée par Imagine Eyes. Pour cette raison, j’ai acheté cette caméra réellement capable d’imager la rétine à l’échelle microscopique », s’enthousiasme le professeur Nagahisa Yoshimura de l’université de Kyoto, un ponte des maladies rétiniennes, qui en est l’un des premiers acquéreurs. Pour la start-up, créée en 2003, évoluant au sein d’Opticsvalley, cette reconnaissance consacre un effort important de R&D et annonce un avenir commercial international souriant. « Cette caméra est véritablement révolutionnaire », renchérit le professeur Gisèle Soubrane, spécialiste de la très médiatisée DLMA (dégénérescence maculaire), qui l’a testée pendant plus d’un an au centre hospitalier intercommunal de Créteil en parallèle du centre national d’ophtalmologie des Quinze-Vingts, à Paris.
Du jamais vu !
« Désormais, nous pouvons voir, cellule par cellule, ce qui auparavant échappait à tout examen comme les capillaires qui ne font que 6 microns de diamètre et où débutent souvent les maladies. Cela va nous permettre de mieux comprendre les mécanismes dégénératifs et d’en détecter l’apparition avant qu’il n’y ait trop de dégâts », précise-t-elle. Autres bénéfices de taille : un suivi thérapeutique (sans douleur) plus précis et une meilleure optimisation du traitement des maladies rétiniennes qui peut être, grâce à la caméra d’Imagine Eyes, raccourci considérablement. Ce qui compte lorsque l’on sait qu’un traitement vaut environ 60000 euros!
Innovation planétaire
« Nous fonctionnons en autofinancement, explique Xavier Levecq, l’un des deux fondateurs associés. Notre première innovation – un équipement d’aide à la chirurgie de la myopie – nous a permis de travailler sur cette caméra qui présentait deux principaux problèmes à résoudre : la miniaturisation de ses composants et l’adaptation d’un système optique normalement utilisé pour l’astronomie », confie-t-il, fier d’avoir ramené à la taille d’un équipement de bureau ce qui demandait auparavant 3m3. Sa mise au point a mobilisé pendant 5 ans l’ensemble de l’équipe pluridisciplinaire qui constitue Imagine Eyes : soit 11 personnes, expertes en mécanique, optique, informatique et électronique. Commercialisée au prix de 125000 euros, cette caméra portable vise, d’abord, les 300 laboratoires de recherche de la planète. « Cette première phase de commercialisation va permettre des optimisations qui élargiront son champ d’utilisation », détaille Nicolas Chateau, le deuxième associé fondateur. Dernier palier avant la grande aventure déjà commencée avec un CA (1,25 M d’euros) en hausse de 35% avec les premières ventes : les homologations CE pour l’Europe et FDA pour les USA. Pour l’heure, la caméra d’Imagines Eyes provoque un véritable engouement : un exemplaire a déjà été offert en mars à l’hôpital de Montpellier par Sos Rétine. Début mai, les premières démonstrations publiques de la caméra à la réunion annuelle de l’Association for Research in Vision and Ophthalmology (ARVO) à Ft. Lauderdale en Floride seront sans aucun doute un grand succès. En 2010, plus de 11000 chercheurs étaient venus du monde entier. Parmi les 15000 membres de l’association, presque 4000 sont spécialistes de la rétine. 
P. Talbot

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Peintre, journaliste
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