« 1 million d’emplois demain, c’est possible ! »

Le pacte de responsabilité ne vous semble pas adapté à la situation. Pourquoi ? La réalité économique française est multifacette. Deux tiers de l’activité économique sont assurés par environ 35 000 entreprises dont 200 de plus de 5000 salariés, 300 de 2000 à 5000 salariés, 2200 de 500 à 2000 salariés et 32 000 de 50 à 500 salariés). Elles vont a priori bénéficier des deux-tiers des 30 milliards du pacte de responsabilité. Le nombre total d’entités enregistrées au registre du commerce dépasse les 3,6 M. Elles sont constituées en très grande majorité d’artisanats, de commerces, de professions libérales, de TPE et de PE, comme d’associations et d’auto-entreprises. Ceci étant dit. Le Pacte de responsabilité, tel qu’il est présenté concerne à la fois les « grands » et les « petits ». Les deux-tiers des 30 Md€ de réduction de charges salariales vont concerner les « grands ». En réalité, ceux-ci n’en ont pas un besoin pressant. Une diminution de charges (environ 5%) à ce niveau représente pour ces « grands ensembles » une forte économie, mais aura peu d’influence sur leur politique de l’emploi. Pour les « petits », une diminution de 5% charges sur les salaires est tout à fait insuffisante. Les TPE et PE ne pourront pas s’engager à embaucher pour autant. Or ce sont ces dernières qui ont le plus besoin d’aide et ce sont elles qui représentent le plus gros réservoir d’emplois potentiels. Il est estimé aujourd’hui à plus de 1,5 M. D’où ce déséquilibre difficile à comprendre qui me fait dire que le pacte de responsabilité tel qu’il est présenté est inadapté. Un rapport de 10 Md€ pour les « grands » sous forme de réduction d’impôts sur les sociétés et 20 Md€ pour les « petits » en réduction de charges eut été plus adéquat. Il est évident que ce sont ces derniers qui doivent être aidés pour créer de l’emploi. Ceci en partant du constat que c’est l’activité qui génère de la croissance et non l’inverse. Tout ceci participe à dresser une image de la France en rupture de société. Le moral de la population est au plus bas. Celui des entrepreneurs est morose. Investisseurs et grands financiers hésitent quand ils ne se découragent pas. En situation de crise économique, en l’absence de marché, il n’y a que peu ou pas de clients et de ce fait, que peu ou pas de ressources pour les entreprises, de pouvoir d’achat pour les citoyens et de recettes pour l’Etat. C’est un cercle vicieux. Gérer socialement le chômage,  en attendant les effets de la reprise ne suffit plus : il concerne tout de même environ 5,5 M de personnes (dont 3,3 M indemnisées par Pôle emploi, soit les « vrais chômeurs », les autres étant en fin de droits et … sans emploi) auxquelles il faut ajouter environ de 3 à 5 M de « précaires ».

 

Vous proposez un contrat d’activité qui peut créer 1M d’emplois dès demain. De quoi s’agit-il ? La proposition peut sembler farfelue, elle échappe tout simplement à la pensée unique et s’appuie sur des travaux sérieux, notamment menés au sein du Club Espace 21 depuis plus de 10 ans. En janvier 2015 apparaîtront les smicards sans charges patronales, nous verrons le résultat. A mon sens, nous tournons en rond, car si la borne des 30% de baisse des charges est atteinte, elle est limitée à une catégorie de salariés et l’offre d’emploi est tirée vers le bas. Tant qu’à baisser les charges en faveur des « petits », nous proposons un contrat CDD d’activité marchande tripartite : employeur-assurance chômage-formation. Ce n’est pas un contrat aidé. Il est destiné en priorité aux TPE, PE et ME, dynamiques et innovantes. Le coût salarial chargé du contrat d’activité est financé par toutes les parties prenantes : l’employeur (35%), l’assurance-chômage (40%) et la formation professionnelle (25%). Ceci correspond à une baisse effective de 65% de l’ensemble des charges pour l’employeur sur ce contrat d’une durée de18 mois. Au delà de cette période, si le contrat est transformé en CDI, l’employeur bénéficierait d’une période équivalente sans charges patronales ! Après une présentation à Matignon, l’idée a été jugée intéressante et présentée à la conférence sociale en juin 2013. Apparemment, en novembre, aucune suite n’a été donnée et sinon un report. Certains partenaires auraient bloqué les discussions. Le succès de cette  proposition dépend de la qualité du dialogue social et de la volonté de réussite des parties. L’Etat doit en être avant tout le stimulateur et le garant. Une telle baisse du coût du travail est un seuil réaliste déclencheur de recrutement pour les chefs d’entreprise ! En prenant l’hypothèse qu’environ un quart des chômeurs qualifiés, soit 650 000 personnes indemnisées, et la même proportion de sans emploi, soit 400 000 non indemnisés, acceptent un contrat d’activité dans leur secteur marchand, nous atteignons le chiffre d’un million de personnes. En vertu des manques à gagner et des nouvelles recettes pour l’Etat cela représente plus de 10 Md€ de recettes sociales et fiscales par an. L’activité produite par ce nouveau million d’actifs engendrera de la richesse et aidera à développer la croissance en favorisant l’investissement et la consommation. Ce cercle vertueux de la réussite permettra de créer de l’emploi.

 

Une majorité des sans emplois sont peu ou pas qualifiés. Comment prenez-vous en compte cette réalité ? Effectivement, seuls 23 à 27% des chômeurs aujourd’hui indemnisés sont qualifiés (16 à 18% pour les autres, qualifiés de sans emploi). C’est la raison pour laquelle seulement environ 1 M d’entre eux peut être embauché avec un contrat d’activité. Un quart du temps si nécessaire ils pourront se perfectionner et bénéficier de formations en liaison avec leur emploi. D’où là tout l’intérêt d’associer au financement du contrat d’activité la formation professionnelle.

Maintenant parlons des autres non bénéficiaires de ce contrat, chômeurs indemnisés et sans emploi. Pour les jeunes non qualifiés et sans emploi, souvent hors u système scolaire ou sortis sans diplômes, il est prévu de créer des  Centres de pré-qualification à l’emploi (CPQE) avec une période de formation sur 3 ans. Pour les jeunes sans expérience il faut des contrats d’activité « jeune » d’un an.  Quant aux seniors en évitant que la rupture conventionnelle ne devienne une issue fatale, la mise en place de contrat de maintien en activité partielle pendant 24 mois peut être une solution. L’Education nationale et la formation professionnelle sont deux sources de financement à ne pas négliger. Ces formes complémentaires de contrats d’activité sont prises en compte dans le calcul du retour net de recettes pour l’Etat. Cet enjeu est crucial d’autant que, là aussi, en matière de formation professionnelle le gâchis rafle la mise : sur le budget de dépenses de 32 Md€ de la formation professionnelle, on estime que seuls 18 Md€ sont efficaces et concerne les besoins réels du métier exercé ! Il est temps de prendre de vraies mesures et non de continuer à jouer les artificiers. Même si la plupart des « manques à gagner » sont conjoncturels, nombreux sont aussi structurels. Pour n’en citer que quelques-uns en rapport avec la situation, il y a le travail au noir, le marché noir, les fraudes, fiscales, à la sécurité sociale, à l’URSAFF et à l’Unedic, les surcroîts d’absentéisme au travail dans le privé comme dans le public, l’excès du travail précaire avec l’avalanche de CDD de très courte durée, l’abus du nombre croissant de ruptures conventionnelles de contrat, l’immobilisme et la frilosité des banques, les transferts illicites de capitaux à l’étranger, etc. L’ordre de grandeur des pertes dues à cet ensemble de fraudes, d’abus et de craintes dépasserait les 120 Md€, presque 6% du PIB. Si on ajoute à cela le cumul de toutes les dépenses et aides  en faveur de l’emploi pour l’année 2013  on arrive à un total (lui aussi) de 112 Md€ d’euros, dont 18 milliards pour le seul RSA ! Quant à lui, le contrat d’activité coûterait 15 Md€ au lieu de 25 Md€ s’ils étaient restés au chômage ou sans emploi. Mais les bonus des « manques à gagner » et des manques à consommer » dépassent les 7 Md€. En tenant des surcoûts liés aux CPQE et autres soutien le solde est positif à hauteur de plus de 10 Md€. Alors qui fait le bon calcul ?

Propos recueillis par Pierre Talbot

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Peintre, journaliste
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