St-Etienne : une écoway nommée design

La source principale de la création de la plus-value repose sur la créativité dont le design est le vecteur dans le champ économique. Et comme ce qui est beau est facile à fabriquer et à vendre… le design commence à s’imposer dans les esprits. Le succès de la Biennale de St-Etienne en témoigne avec plus de 40 pays représentés et la participation de 400 designers. Analyse.

Placé l’art au cœur de l’économie. Telle est la stratégie, à première vue étonnante, mise en place par la Loire pour réussir la reconversion d’un territoire de tradition industrielle qui fut touché de plein fouet par les grandes crises et mutations économiques de la seconde moitié du XXe siècle. Avec la disparition de l’industrie des cycles et des machines-outils, de la manufacture d’armes, la fermeture de Manufrance, et l’arrêt de l’exploitation du charbon dans les années 70, il y avait de quoi broyer du noir ! Et pourtant, St-Etienne Métropole, l’agglomération du sud du département composée de 43 communes, a su rebondir en jouant la carte culturelle et l’économie de la connaissance. Nichée au milieu de ses 7 collines, St-Etienne est devenue en une dizaine d’années une Rome du design. Elle a été classée 16e (sur 170) au rang mondial des villes design, grâce au succès de sa Biennale Design (85000 visiteurs en 2008). Organisée du 20 novembre au 5 décembre 2010, elle permettra aux visiteurs et designers venus du monde entier de découvrir la toute jeune Cité du design, qui en assure désormais la gestion à la suite de l’Ecole supérieur d’art et design (ESADSE), sa voisine sur le site de l’ancienne Manufacture nationale d’armes. « Pour la Biennale, c’est tout le territoire qui se mobilise », s’enthousiasme Bernard Fayolle, président de l’Office du tourisme communautaire de Saint-Etienne Métropole, créé il y a deux ans, fier d’avoir enregistré +6% d’activités notamment avec les sites des gorges de la Loire, de la cité Le Corbusier de Firminy et de la Chartreuse et de l’ouverture, en 2008, d’un Zénith à St-Etienne, le seul de la région Rhône-Alpes. En effet, pour ce territoire, le design constitue un levier de développement pour le commerce, l’industrie et le tourisme. Il a permis au tissu industriel (20000 entreprises qu’il compte (80% à – de 20 salariés) de se reconstituer (70000 emplois perdus, 80000 gagnés), en développant l’innovation, dont le coeur est la créativité. Cet investissement dans le design n’est pas anodin. Il est basé certes sur le constat que la source principale de la création de la plus-value repose sur la créativité dont le design est le vecteur dans le champ économique mais aussi sur l’histoire. En effet, l’articulation art et industrie fait partie de la tradition stéphanoise, notamment pour la passementerie, un secteur toujours actif, les cycles et les armes. Ainsi l’Ecole des arts industriels – ancêtre de l’ESADSE – fut créée, en 1884, pour fournir des créateurs de dessins à ces industries. Sa récente implantation sur le site de l’ancienne Manufacture nationale d’armes, aux côtés de la Cité du design, est un symbole fort et emblématique de cette volonté d’aborder l’avenir sans renier le passé. Une logique transversale porte le design : du transport public à l’habitat social, jusqu’à l’espace urbain et l’image graphique des collectivités. Depuis plusieurs années, la CCI Saint-Etienne-Montbrisson sensibilise les PME, PMI et surtout les TPE au design. « La démarche design est une voie vers l’innovation et le développement. Toutes les forces économiques sont concernées même si le commerce est le plus réceptif. Mais nous comptons sur le travail collaboratif que nous développons dans l’industrie par les clusters pour l’y diffuser », explique son très dynamique président, André Mounier. Cible première, donc, le commerce. Deux opérations, notamment, ont été montées pour rapprocher designers et commerçants. L’une, expérimentale, – Hôtel D – concerne l’hôtellerie (lire encadré). L’autre les boutiques avec le concours Commerce design qui, à chaque édition, (en alternance avec la Biennale du design) récompense une dizaine de lauréats. L’objectif ? Faire la démonstration que le design peut attirer la clientèle et augmenter le chiffre d’affaires. Et ça marche ! Ce succès a permis la création de chèques design, financés par la région Rhône-Alpes et la CCI, destinés à prendre en charge le coût d’un designer dans les projets des commerces et des entreprises. Depuis la création du concours, en 2000, environ 200 commerçants (10 % du commerce stéphanois) ont joué le jeu en faisant appel à un designer pour améliorer leur point de vente aussi bien sur le plan de l’aménagement que du service à la clientèle. Car plus qu’un travail stylistique, le design se déploit largement dès la phase de conception et d’analyse dans de nombreux domaines : du design d’espace au design produit ou de service en passant par le graphique, le packaging, le numérique, le sonore, le textile, le culinaire ou encore le management.  » En France, le design est une discipline naissante », explique Marie-Haude Caraës, directrice scientifique du centre de recherche de la Cité du design, conçue comme une plateforme d’exposition, de formation et de recherche ouverte au monde économique. « Lorsque nous travaillons à la demande des entreprises, notre démarche commence toujours par faire un bilan de l’état de l’art du domaine dans lequel nous allons intervenir, puis nous analysons la demande que nous avons reçue et souvent cela débouche sur sa reformulation puisque nous intégrons des données d’une manière la plus globale possible. Enfin, nous passons à la phase créative. Par exemple, en travaillant sur un système de localisation GPS pour malades Alzheimer, notre travail à déboucher sur le fait qu’il fallait adopter le point de vue du malade en considérant que, lui aussi, et plus que ses enfants ou ses soignants, souffrait du fait d’être perdu et voulait rentrer chez lui. Concrètement, nous avons transformé le localisateur GPS en boussole lorsqu’il est activé par le malade, détaille-t-elle. Le design tend à rendre la vie plus douce avec des objets ou des services conçus en intégrant l’économique (avec ses composantes de développement durable et sociales) et l’esthétique. » Un gain certain car selon un principe fondateur du design Le design, selon la Cité, conçoit et concrétise de nouveaux systèmes de vie à travers les objets, des images, les espaces et les services. De quoi susciter bien des espoirs « pour l’avènement d’une économie plus responsable, plus juste et plus humaine… », comme le souligne l’agence de design Hervé&Yann Le Pallec qui vient de signer avec l’architecte Hervé Patural la création du restaurant l’Européen, à deux pas du Technopôle de St-Etienne.

Où dormir ? Le Continental, un hôtel design

L’an passé, le Continental a participé à l’opération experimentale “Hôtel D”, lancée par la CCI, pour rapprocher designers et hôteliers. Pour son propriétaire, Jean-Paul Vialeton, l’occasion a été saisie avec passion. “Depuis 20 ans, je n’ai pas arrêté d’investir pour rendre le Continental le plus accueillant et le plus agréable possible tout en préservant ma politique de prix bas (26 à 36 euros) », explique-t-il. Ainsi, il a donné carte blanche à deux designers : Maud Rondard et Pascaline de Glo de Besses.  » Notre seule contrainte, la surface des chambres, de 9 et 12 m2”, détaille cette dernière. Résultat : le CA ne cesse de grimper et son taux de remplissage est l’un des meilleurs de la ville avec plus de 70 %. D’ici la Biennale du design, en novembre, 10 autres chambres ont créées pour la Biennale 2010 par Pascaline en qui il a trouvé le talent dont il rêvait.

À propos de admin

Peintre, journaliste
Cette entrée a été publiée dans Voyages. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire